De la réception du brief à la livraison : comment fonctionne une production de film publicitaire

À l’écran, on voit qu’une seule chose, le film final. Mais derrière, ce sont cinq à huit entreprises différentes qui ont travaillé sur le projet, chacune avec son rôle, ses contrats et ses honoraires. Quand un directeur marketing commande un film publicitaire pour la première fois, il découvre rarement cette mécanique avant le premier accroc : un buyout sous-évalué qui explose au moment du renouvellement, un dossier SUISA mal rempli qui bloque la diffusion, un traitement qui arrive deux semaines en retard.

Feuille de service et liste des plans en plateau pendant une production de film publicitaire, utilisées pour planifier les scènes, le timing et la coordination de l'équipe

La séquence de travail est la même partout. Elle a été codifiée depuis des décennies par les organismes professionnels du métier en Suisse (la Swissfilm Association), au Royaume-Uni (l’Advertising Producers Association), aux États-Unis (l’Association of Independent Commercial Producers) et en Allemagne (la Produzentenallianz). Sur une grosse campagne TV nationale à CHF 600’000.−, on retrouve les dix étapes au complet. Sur une vidéo courte pour les réseaux sociaux à CHF 8’000.−, certaines étapes sautent ou se condensent : pas toujours d’agence, pas de triple bid, pas de buyout à négocier. L’article qui suit passe en revue ces dix étapes, regarde les deux processus concurrentiels qui désignent le partenaire à chaque niveau, et explique ce qui change quand le client est une entité étatique soumise au droit des marchés publics suisses.

Dans cet article

L’écosystème : qui produit vraiment un film publicitaire

La production d’un film publicitaire mobilise quatre niveaux distincts. La plupart des malentendus côté client viennent d’une confusion entre ces niveaux.

Le premier niveau, côté demande, la marque porte le besoin marketing, valide le projet en interne et paie la facture. Quelques marques disposent d’une équipe de production en interne pour produire du contenu pour les réseaux sociaux. La majorité passe par des partenaires externes dès qu’un projet demande plus de moyens : un réalisateur, une équipe complète, un casting, de l’équipement professionnel. Les acheteurs publics (offices fédéraux, départements cantonaux, entreprises de la Confédération comme les CFF, La Poste Suisse ou Swisscom) appartiennent à cette même catégorie, à une différence près : ils sont soumis au droit des marchés publics, ce qui ajoute une étape d’appel d’offres avant même le brief créatif.

Le deuxième niveau, c’est la stratégie et la création. Il revient à l’agence de communication. Une agence créative 360° prend en charge la stratégie, le concept et la supervision de la production. Les agences indépendantes font le même travail à plus petite échelle. Les agences média achètent et planifient l’espace publicitaire. Aucune de ces structures ne tourne le film.

Le troisième niveau, c’est la production. L’entreprise de production répond à l’appel d’offres, engage un réalisateur, prépare la production, encadre le tournage puis la postproduction. Elle s’appuie sur des indépendants facturés à la journée pour compléter ses équipes. Le montage, l’étalonnage et le mix son se font soit en interne dans l’entreprise de production, soit chez des studios spécialisés, mais toujours supervisés par l’entreprise de production. Les loueurs fournissent le matériel audiovisuel (caméras, optiques, matériel d’éclairage, etc.).

Le quatrième niveau couvre les droits, les autorisations et la diffusion : SUISA pour les auteurs de musique, Swissperform pour les interprètes, Suissimage pour les auteurs audiovisuels, les bureaux d’accueil de tournage régionaux pour les autorisations et le repérage, et les régies publicitaires qui revendent l’espace aux agences média.

Écosystème d'une production de film publicitaire avec les rôles de la marque, de l'agence, de la société de production et des infrastructures
Les quatre niveaux d’une production de film publicitaire, de la marque à l’exécution

Un point à retenir tout de suite : le producteur d’un film publicitaire n’est ni la marque, ni l’agence. C’est une troisième entreprise, choisie par appel d’offres, qui a ses propres contrats et sa propre marge. Chacun des partenaires de la chaîne a un intérêt économique distinct sur les mêmes images, et c’est ce qui justifie l’existence de tout le cadre contractuel et des règles de droits qui structurent le métier.

Les dix étapes d’une production de film publicitaire

En Suisse, la production publicitaire suit la même structure de base. Sur une grosse campagne, on retrouve les dix étapes au complet. Sur une vidéo courte pour les réseaux sociaux, certaines étapes sautent ou se condensent : pas toujours d’agence, pas de triple bid, pas de buyout à négocier. Quand toutes les étapes sont là, leur durée varie selon l’ampleur du projet. L’ordre, lui, ne change pas.

Les dix étapes d'un processus de production de film publicitaire, du brief à la livraison
La séquence complète d’une production de film publicitaire, du brief interne à la livraison finale

Étape 1 : Le brief interne

Le projet démarre au sein de l’entreprise qui veut faire le film. Un directeur marketing identifie un besoin, définit l’audience et le message, fait valider le projet en interne et définit une enveloppe budgétaire. Le coût de production représente en général 10 à 20 % du budget total de la campagne ; le reste part en achat d’espace publicitaire. En dessous de 10 %, on est sur un dispositif orienté performance. Au-dessus de 20 %, sur un film publicitaire télévisé (TVC, TV Commercial).

Répartition budgétaire d'une production de film publicitaire entre production, postproduction et autres coûts
Répartition typique d’un budget de film publicitaire par département

Dans le secteur privé, un brief se consolide en 2 à 8 semaines. Dans le secteur public, comptez plutôt 4 à 12 semaines : la validation interne mobilise les services achats, juridique et finances avant que l’appel d’offres soit publié. L’erreur classique à ce stade : sauter la définition du message pour aller directement à la forme du film.

Étape 2 : La sélection de l’agence

Les marques qui n’ont pas d’agence attitrée organisent un pitch. La séquence type : un appel à manifestation d’intérêt (RFI, Request for Information) pour vérifier les références et l’expérience des agences candidates, une rencontre informelle pour évaluer la compatibilité humaine, un appel d’offres détaillé (RFP, Request for Proposal) qui demande une réponse stratégique et créative à un brief écrit, et un pitch final entre deux et quatre agences présélectionnées. Comptez 6 à 16 semaines pour un pitch concurrentiel. Une sélection complète d’agence attitrée demande 12 semaines au minimum.

En Suisse, les standards de pitch des Leading Swiss Agencies (LSA) font référence. Les agences présélectionnées non retenues touchent une indemnité de pitch comprise entre CHF 5’000.− et CHF 25’000.−. La propriété intellectuelle des idées présentées reste à l’agence, sauf rachat explicite. En 2015, les CFF ont lancé un pitch qui a fait grincer des dents dans la profession : on demandait aux agences de travailler gratuitement pour un client étatique. L’épisode a poussé la LSA et les CFF à formaliser un cadre de pitch conjoint, qui sert aujourd’hui de référence pour les mandats publics.

Étape 3 : Le développement créatif

Une fois l’agence engagée, ses équipes stratégie et création développent l’idée de campagne, proposent deux ou trois pistes conceptuelles puis définissent la direction retenue avec la marque. Les livrables s’enchaînent : plateforme stratégique, présentation du concept, script validé pour chaque exécution, storyboard ou animatique, document de production qui pose un budget prévisionnel, le calendrier et les canaux de diffusion. Comptez 3 à 10 semaines.

Pour une campagne suisse, l’adaptabilité aux trois langues nationales (allemand, français, italien) entre dans les contraintes créatives dès le départ. Les grandes campagnes nationales qui restent en mémoire (Migros, CFF, Coop, Swisscom, McDonald’s) reposent le plus souvent sur une idée visuelle forte qui fonctionne sans dialogue, ou avec très peu, parce que le concept doit tenir sur trois marchés régionaux avec trois voix off (VO) différentes.

Étape 4 : Le choix de l’entreprise de production

C’est ici que l’entreprise de production entre dans le projet. Le producteur de l’agence prend en main cette phase : il rédige le brief de production (script, storyboard, livrables, calendrier, droits d’utilisation, exclusions), choisit deux ou trois entreprises dont les réalisateurs collent au projet, et lance l’appel d’offres concurrentiel que le métier appelle le triple bid.

Le principe : trois entreprises de production reçoivent le même brief. Chacune choisit un réalisateur, lui fait écrire un traitement (l’interprétation visuelle et narrative du script, en général 20 à 60 pages) et chiffre le projet. L’agence lit les trois traitements, en discute avec son client, puis fait sa recommandation.

Comptez 2 à 4 semaines pour un projet standard. Sur les projets urgents, on descend à 5 jours ouvrés. Sous CHF 80’000.−, l’effort administratif d’un triple bid pèse souvent plus lourd que la valeur ajoutée du processus, et les attributions en single-bid ou two-bid s’imposent de plus en plus.

Étape 5 : Traitement, appel d’offres et attribution

Le traitement, c’est le contrat créatif du film. Il fixe la vision du réalisateur sur le papier et permet à l’agence comme à la marque de juger le niveau artistique avant d’engager la production. Sa rédaction prend en général 5 à 10 jours ouvrés, parfois 48 à 72 heures sur les projets urgents.

Présentation du traitement du réalisateur pour une production de film publicitaire, avec concept, approche visuelle et direction narrative
Le traitement du réalisateur traduit le script en approche visuelle et narrative

La structure budgétaire suit les standards internationaux. En Suisse, les frais de production représentent 15 à 25 % des coûts directs (frais généraux, temps du producteur délégué, frais commerciaux, rédaction du traitement, frais administratifs). Les honoraires créatifs du réalisateur tournent autour de 7 à 10 % du budget de production sur les projets sous CHF 680’000.− environ, avec un dégressif au-delà. Une production à CHF 100’000.− verse donc CHF 7’000.− à CHF 10’000.− au réalisateur. Une production à CHF 300’000.− entre CHF 21’000.− et CHF 30’000.−. Une assurance s’ajoute à hauteur d’environ 3 % sur les coûts de production. La lettre d’attribution, c’est la confirmation officielle qui engage l’entreprise de production sur le mandat. Le devis devient alors le budget de travail pour la suite.

Étape 6 : La préproduction

La préproduction, c’est là que le film se construit vraiment. Le directeur de production (Line Producer), le régisseur général (Production Manager) et le coordinateur de production (Production Coordinator) gèrent toute la partie opérationnelle. Le réalisateur, le chef opérateur (DoP) et le chef décorateur (Production Designer) s’occupent de la partie créative. Le directeur de casting cherche les acteurs et organise les auditions. Les équipes repèrent les décors, obtiennent les autorisations, signent les comédiens, fabriquent les costumes, achètent les accessoires. Comptez 2 à 6 semaines en Suisse pour un projet standard, 6 à 12 semaines pour un tournage international, avec un ou plusieurs acteurs connus impliquant une négociation contractuelle complexe, ou une production avec beaucoup d’effets visuels.

L’étape se termine sur deux réunions, en général à un jour d’intervalle. Le Pre-PPM, d’abord : une réunion interne entre l’agence, l’entreprise de production et le réalisateur. On y traite les derniers détails créatifs et logistiques, avant que le client ne soit de la partie. Vient ensuite le Pre-Production Meeting (PPM), la réunion de validation formelle avec le client. Le PPM booklet (50 à 150 pages) couvre le storyboard, les cut downs, la présentation du casting, les photos des décors, les costumes, les références du département artistique, la mise en valeur du produit (hero-product), l’intention musicale, le calendrier de production et la liste des livrables. Les décisions prises en PPM sont en général décisives ; toutes les modifications ultérieures se facturent en plus.

Les autorisations de tournage en Suisse relèvent du canton, avec des frais qui vont de CHF 176.− à CHF 880.− et des délais de 1 à 3 semaines. Les autorisations de drone passent par l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC). Côté volumes, la Zurich Film Commission traite plus de 600 productions par année à elle seule. En Valais, la Valais Film Commission et le Film Office de la Région Dents du Midi accompagnent les productions sur le repérage, les autorisations, la coordination logistique et la mise en relation avec les professionnels locaux. Lucerne, le Tessin, le Jura, Fribourg et Montreux Riviera ont leurs propres bureaux d’accueil de tournage. Côté incitations, Zurich propose une subvention de production allant jusqu’à CHF 30’000.−, et Genève comme Neuchâtel sont en train de mettre en place leurs propres dispositifs (données de 2026).

Étape 7 : La production (la journée de tournage)

Le tournage, c’est la partie visible du film, et la ligne la plus chère du devis à la journée. En Suisse, une publicité se tourne en 1 à 5 jours en général. Une production internationale peut facilement atteindre 8 à 15 jours répartis dans plusieurs pays.

Équipe caméra qui prépare l'équipement et le rig caméra en plateau pendant un tournage de film publicitaire
Caméra et équipe préparent le setup avant une prise sur un tournage publicitaire

Tout le monde commence sa journée avec la feuille de service envoyée la veille au soir : casting, équipe technique, adresse du lieu, planning de la journée, prévisions météo, liste des plans à tourner. Le 1er assistant réalisateur (1st AD) coordonne le plateau : il donne le rythme du tournage, encadre l’équipe et fait le lien entre le réalisateur, les chefs de poste et la production. Le réalisateur travaille avec les acteurs sur le jeu et avec le chef opérateur (DoP) sur l’image. Le DoP coordonne sa propre équipe caméra et l’équipe du chef électricien (gaffer) côté lumière. Le département artistique gère le décor, les accessoires et la continuité. L’ingénieur du son enregistre les dialogues. Le département costume et HMC (habillage, maquillage, coiffure) interviennent entre les prises. Le directeur de production gère la logistique. Le producteur de l’agence et l’équipe créative suivent le tournage de près sur l’écran de retour qui affiche ce que filme la caméra. Sur le marché suisse, le client est plus souvent sur le plateau qu’ailleurs, là où la culture de production garde plus de distance.

Feuille de service de production de film publicitaire avec planning d'équipe, horaires, lieux et plan de tournage
La feuille de service coordonne casting, équipe et timing pour un jour de tournage

Le droit suisse du travail s’applique sans exception. Une journée de tournage standard, c’est 9 heures de travail effectif hors pauses, plafonnée à 14 heures pauses et heures supplémentaires comprises. Les heures 10 et 11 se facturent à 125 %, les heures 12 et 13 à 150 %, l’heure 14 et au-delà à 200 % ou plus. Le travail de nuit entre 23h00 et 06h00 ajoute encore 25 %. Toutes ces règles viennent des conventions SSFV (Syndicat suisse film et vidéo). Une équipe qui travaille 9 heures et la même équipe qui travaille 13 heures n’arrivent pas au même budget. Pour le détail ligne par ligne du calcul des heures supplémentaires sur une facture de production, notre guide sur combien coûte un film publicitaire en Suisse reprend tout en chiffres.

Étape 8 : La postproduction

La postproduction démarre le lendemain de la fin du tournage. Le monteur fait un premier montage, puis enchaîne plusieurs versions de validation : fine cut, director’s cut, agency cut, client cut, chaque version étant validée à une étape de révision. Une fois le montage validé (picture lock), on passe à la conformisation pour remonter le tout à la résolution broadcast. On fait l’étalonnage. Le sound design et le mix calent l’audio sur deux normes selon le canal de diffusion : R 128 -23 LUFS pour la diffusion européenne, WEB -14 LUFS pour les plateformes en ligne. On fait les effets visuels et on rajoute du motion design au besoin. La musique est soit composée, soit sous licence ; dans les deux cas, déclarée à la SUISA.

Comptez 2 à 6 semaines pour une postproduction standard. Sur des projets avec beaucoup d’effets visuels, le délai monte à 6 à 12 semaines. La liste des livrables en sortie de postproduction est plus longue que ce que les nouveaux clients imaginent : masters broadcast par langue, versions spécifiques par plateforme (16:9 pour le broadcast, 1:1 et 9:16 pour les réseaux sociaux, versions de 6, 15, 30, 60 secondes), bannières web. Une seule campagne nationale suisse peut générer plus de 100 fichiers finaux à partir d’un seul tournage.

Arbre des livrables d'une production de film publicitaire avec formats, versions et exports multiples
Un tournage se décline en livrables multiples, par format et par plateforme

Étape 9 : Livraison et diffusion

À la sortie de la postproduction, les fichiers finaux partent vers les diffuseurs et les plateformes. En Suisse, la mise en circulation des fichiers passe par des plateformes techniques comme Adstream, Extreme Reach et Peach. Les masters sont livrés au format broadcast, en général en ProRes 422 HQ. Les instructions précisent aux régies (Admeira, Goldbach, Ringier Advertising, CH Media Vermarktung) ce qu’il faut diffuser, où, quand et à quelle fréquence. Comptez 3 à 10 jours ouvrés entre l’approbation finale et la première diffusion à l’antenne.

Une démarche obligatoire avant la diffusion : l’inscription à SUISA. Toute publicité avec musique destinée à la diffusion en Suisse ou au Liechtenstein doit être déclarée sous le Tarif VN. Même une publicité sans musique a besoin d’un numéro SUISA. Sans ce numéro, la diffusion est bloquée.

Formulaire d'inscription SUISA pour les droits musicaux d'une production de film publicitaire en Suisse
Inscription SUISA obligatoire avant la diffusion d’un film publicitaire en Suisse

Étape 10 : Facturation, droits et amortissement

L’entreprise de production facture en trois temps : 50 % à l’attribution du mandat, 25 % avant le premier jour de tournage, 25 % à la livraison. Les honoraires d’agence sont facturés selon le contrat de mission. SUISA, Swissperform et Suissimage facturent environ trois mois plus tard, chacun pour son périmètre : droits musicaux, droits d’interprétation, droits audiovisuels.

Structure de paiement d'une production de film publicitaire avec tranches de facturation par étape
Calendrier de paiement typique réparti entre attribution, tournage et livraison

Les buyouts (rachat des droits) des comédiens sont calculés en fonction de la durée d’exploitation, du territoire et des canaux convenus. En Suisse, un buyout type couvre 12 mois pour un usage national tous médias, avec options de renouvellement. Les droits européens coûtent plus cher. Les droits monde, encore plus. Côté musique, même logique. Si une campagne prévue pour un an est prolongée d’une année supplémentaire, ou si une campagne nationale passe à l’international, les buyouts comédiens et musique sont renégociés.

La marque devient propriétaire du master final une fois la facture de production réglée, et obtient le droit d’exploitation dans les limites prévues au contrat (canaux, territoire, durée). Les composantes sous-jacentes (musique, comédiens, rushes) restent sous licence selon leurs propres conditions. La remise des rushes (fichiers bruts) est rare, sauf négociation explicite. La TVA s’applique à 8,1 % sur tous les services de production et d’agence pour les clients suisses assujettis.

Combien de temps prend l’ensemble du processus

Du concept à la première diffusion à l’antenne, une production de film publicitaire en Suisse demande en moyenne 12 semaines. Ce délai couvre la livraison du traitement, la préproduction, un tournage de un à quatre jours, le montage, l’étalonnage, la conformisation, l’enregistrement de la voix off, le mix son et la livraison finale. Les productions avec des retouches d’effets visuels, une musique originale, des masters multilingues et plusieurs tours de validation tiennent en général dans cette fenêtre.

Calendrier d'une production de film publicitaire, avec les phases du brief à la livraison sur plusieurs semaines
Un calendrier de production réaliste, du concept à la livraison finale

La fourchette s’élargit aux deux extrêmes. Sur un format plus court ou orienté performance, on peut descendre à 4 à 6 semaines avec une attribution en single-bid et un seul jour de tournage. Sur une campagne avec tournage dans plusieurs pays, des acteurs connus et de longues négociations de buyout, ou une postproduction plus complexe (gros travail d’effets visuels), on peut monter à 16 semaines ou plus. Sur les projets publics, ajoutez 6 à 12 semaines en amont, le temps que l’appel d’offres soit publié, dépouillé et qu’une agence ou une entreprise de production soit retenue.

Les deux processus de pitch qui désignent qui fabrique le film

Deux processus concurrentiels distincts cohabitent dans le déroulé décrit plus haut. Les confondre crée des frictions à tous les niveaux.

Le pitch d’agence désigne le partenaire stratégique et créatif. Le service achats de la marque émet un appel à manifestation d’intérêt (RFI, Request for Information), présélectionne les agences, organise des rencontres informelles, envoie un appel d’offres détaillé (RFP, Request for Proposal), accueille un pitch final, désigne un gagnant. Le livrable, c’est une plateforme stratégique avec une réponse créative au brief. En Suisse, l’indemnité de pitch versée aux présélectionnés non retenus reste modeste (CHF 5’000.− à CHF 25’000.−) et couvre rarement le coût réel du travail.

Le triple bid de production désigne l’entreprise qui produit le film. Deux ou trois entreprises de production reçoivent le même brief et le même script. Chacune écrit un traitement de réalisateur et chiffre le projet. Le producteur de l’agence pilote tout le processus. Faire travailler trois entreprises en parallèle permet à l’agence de comparer trois choses en même temps : le budget (combien le projet doit coûter), l’approche (quel réalisateur a le bon instinct pour ce script), le risque (quelle équipe fait des promesses tenables sur ce qu’elle livrera le jour J).

Deux tensions méritent d’être connues. La première : certaines grandes agences disposent de leur propre unité de production interne, qui peut soumissionner dans un triple bid à côté des entreprises de production indépendantes. L’agence se retrouve alors juge et partie, puisqu’elle évalue son propre travail face aux candidats externes. La décision peut pencher avant même la lecture des traitements. La pratique britannique (APA et Institute of Practitioners in Advertising) impose à l’agence de signaler quand une unité interne soumissionne, pour que le client soit au courant. La Suisse n’a pas de règle formelle équivalente.

La seconde tension, c’est l’inflation des traitements. Les entreprises de production se livrent une concurrence de plus en plus visible sur la conception graphique du document : illustrateurs, designers, références animées, mood films. Un traitement qui faisait 20 pages en fait aujourd’hui 40 ou 60. Le coût de production de ce document, à la charge de l’entreprise qu’elle gagne ou perde l’appel d’offres, a grimpé d’autant. L’UK Production Pitch Process Initiative 2024, publiée conjointement par l’ISBA (annonceurs), l’IPA (agences) et l’APA (entreprises de production), s’attaque au problème en demandant aux clients et aux agences des briefs réalistes et des charges de travail raisonnables.

Marchés publics : simap.ch

Tout mandat venant d’une entité fédérale, d’un département cantonal ou d’une entreprise étatique (CFF, La Poste Suisse, Swisscom, Skyguide, SRG SSR), au-dessus de certaines valeurs-seuils, doit faire l’objet d’un appel d’offres public sur simap.ch. C’est la plus grosse différence structurelle entre le marché suisse de la publicité et la plupart des autres marchés d’Europe de l’Ouest.

Interface de la plateforme Simap pour les appels d'offres publics liés aux projets de production de film publicitaire en Suisse
Plateforme des marchés publics où sont publiés les appels d’offres de production de film publicitaire en Suisse

La procédure dépend de la valeur du contrat.

  • Sous CHF 150’000.− : l’acheteur public peut choisir directement son prestataire, sans appel d’offres.
  • Entre CHF 150’000.− et CHF 250’000.− : il doit consulter au moins trois prestataires (procédure sur invitation).
  • Au-dessus de CHF 250’000.− : l’appel d’offres est publié ouvertement sur simap.ch (procédure ouverte), et toute entreprise suisse ou liechtensteinoise qualifiée peut soumissionner.

Une couche supplémentaire vient se rajouter au-dessus. Au-delà d’une valeur-seuil plus élevée, l’appel d’offres relève des règles commerciales internationales fixées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), via l’Accord sur les marchés publics (AMP). Le seuil est de CHF 230’000.− pour les contrats de services fédéraux, CHF 350’000.− pour les contrats de services cantonaux. Au-delà, les soumissionnaires des autres États membres de l’OMC ont accès au mandat, pas seulement les entreprises suisses et liechtensteinoises. Les délais de soumission s’allongent, la publication se fait en plusieurs langues, la concurrence devient transfrontalière.

Seuils des marchés publics en Suisse pour les projets de production de film publicitaire et les exigences d'appel d'offres
Comment les appels d’offres publics sont structurés pour la production de film publicitaire en Suisse

La plateforme a été modernisée en juillet 2024, avec soumission en ligne obligatoire depuis février 2025. Les appels d’offres sont classés par codes standardisés (série 79341000 pour la publicité, 92111210 pour la production de films publicitaires).

Pour un soumissionnaire, ce qui change, c’est la mécanique de la décision. Un pitch privé peut se jouer sur le bouche à oreille, la réputation et le portfolio. Un appel d’offres public doit noter chaque offre selon des critères publiés dans un cahier des charges, le plus souvent pondérés en pourcentage. Une grille type pour un mandat de communication suisse : prix à 40 %, qualité du concept créatif et des références à 30 %, qualité de l’équipe proposée à 20 %, durabilité ou présence locale à 10 %. Une offre moins chère mais faible sur la création peut perdre face à une offre plus chère mais solide sur l’ensemble. L’accord intercantonal révisé sur les marchés publics (AIMP) pousse les acheteurs publics à sortir des attributions au seul critère du prix.

Deux appels d’offres récents donnent l’échelle. En juillet 2024, les CFF ont publié sept lots de services créatifs pour la période 2025-2030, sur un budget publicitaire annuel d’environ CHF 48 millions. En 2020, La Poste Suisse a lancé un appel d’offres groupé d’environ CHF 20 millions, avec quatre lots créatifs et trois lots média, et 26 agences attribuées au total. Ce sont les plus gros mandats formalisés d’agence et de production en Suisse.

Pour un client privé qui se lance, simap.ch ne s’applique pas. Pour qui travaille sur du mandat public, en revanche, c’est le cadre qui définit tout le reste.

La Suisse face aux autres marchés

Les dix étapes décrites plus haut tournent partout dans le monde. Ce qui change d’un marché à l’autre, c’est la couche réglementaire et le niveau absolu des budgets.

Au Royaume-Uni, l’industrie de la production s’organise autour de l’Advertising Producers Association, qui négocie les contrats types avec l’association des agences et organise chaque année l’APA Show. Les réalisateurs britanniques tiennent le sommet mondial du métier.

Aux États-Unis, l’Association of Independent Commercial Producers publie l’AICP Bid Form, un modèle de budget détaillé ligne par ligne créé en 1975 et révisé pour la dernière fois en décembre 2019. Les productions américaines ajoutent une couche de conformité syndicale (comédiens, réalisateurs, équipes techniques, transports) sans équivalent en Suisse.

Formulaire de budget AICP utilisé en production de film publicitaire pour structurer les budgets, coûts de production et estimations de postproduction
Modèle de budget standardisé utilisé pour structurer les coûts d’une production de film publicitaire

En Allemagne, l’association professionnelle Produzentenallianz joue le même rôle que ses équivalents britannique et américain. Le German Pitch Standard 2.0, publié en 2024, traite de la transparence et de la rémunération équitable dans les processus de pitch.

En France, la production passe par un réseau solide de maisons portées par leurs réalisateurs : Iconoclast, Wanda, Bandits.

Deux différences structurelles isolent la Suisse. D’abord, le régime des marchés publics est plus lourd : il s’applique à la Confédération, aux cantons et aux entreprises étatiques via une seule plateforme nationale (simap.ch), ce qui fait de la Suisse le marché majeur d’Europe de l’Ouest le plus formalisé pour la publicité étatique. Ensuite, la couche syndicale fonctionne autrement.

Le SSFV publie des grilles tarifaires hebdomadaires et journalières que la plupart des productions suisses utilisent comme référence. Ce qu’il n’a pas, c’est la force contraignante des syndicats américains type SAG-AFTRA pour les comédiens ou la Directors Guild of America (DGA), qui imposent à toute production signataire des minima salariaux et des obligations de conformité. Les conventions SSFV passent par le consensus professionnel ; les contrats syndicaux américains, par le droit des contrats. Les budgets suisses se situent en général 20 à 40 % en dessous des projets allemands équivalents, et 40 à 60 % en dessous des projets britanniques ou américains comparables, ce qui est en partie compensé par un coût de la vie plus élevé en Suisse.

Glossaire des termes que vous entendrez le plus souvent

Brief : le document qui pose le problème marketing et ses paramètres.
Traitement : l’interprétation visuelle et narrative du script par le réalisateur. Le contrat créatif du film.
Pre-PPM : la réunion d’alignement interne entre l’agence, l’entreprise de production et le réalisateur, la veille du PPM avec le client.
PPM (Pre-Production Meeting) : la réunion de validation formelle avec le client, 2 à 7 jours avant le tournage. Les décisions y sont décisives.
Feuille de service : le planning quotidien du casting et de l’équipe, transmis la veille.
Triple bid : l’appel d’offres concurrentiel où deux ou trois entreprises de production soumissionnent sur le même projet, traitement et budget à l’appui.
Frais de production : les frais généraux et la marge de l’entreprise de production, en général 15 à 25 % des coûts directs.
Honoraire réalisateur : la rémunération créative du réalisateur, en général 7 à 10 % du budget de production sous CHF 680’000.− environ.
Buyout : le rachat forfaitaire des droits d’exploitation d’un comédien ou d’une musique, dans des médias, territoires et durées définis.
Master : le fichier final livré au format broadcast.
SUISA : la société de gestion collective suisse pour les auteurs de musique. Inscription obligatoire pour toute publicité diffusée en Suisse ou au Liechtenstein.
simap.ch : la plateforme suisse obligatoire de publication des marchés publics.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour produire un film publicitaire de A à Z ?

Comptez en moyenne 12 semaines en Suisse, du concept à la première diffusion. Ce délai englobe la création du traitement du réalisateur, la préproduction, un tournage d’un à quatre jours, le montage, l’étalonnage, la conformisation, l’enregistrement de la voix off, le mix son et la livraison finale. Les retouches et effets visuels (VFX), la musique originale, les masters multilingues et les révisions tiennent en général dans cette fenêtre. Sur un format plus court ou orienté performance, on descend à 4 à 6 semaines. Sur une campagne avec tournage multi-pays, acteurs connus ou avec beaucoup d’effets visuels, on peut grimper à 16 semaines ou plus. Sur un mandat public, ajoutez 6 à 12 semaines en amont avant qu’une agence ou une entreprise de production puisse être engagée.

Quelles sont les étapes incontournables d’une production audiovisuelle ?

Sur une production publicitaire complète, dix étapes reviennent : brief interne, sélection de l’agence, développement créatif, choix de l’entreprise de production, traitement et appel d’offres, préproduction, tournage, postproduction, livraison et diffusion, facturation et droits. Sur les petits formats (vidéos courtes pour les réseaux sociaux, contenus de marque rapides), plusieurs étapes peuvent être supprimées ou fusionnées : il n’y a pas toujours d’agence, pas de triple bid, pas de buyout à négocier. Sur les grosses productions, les dix étapes sont toutes là, et c’est la durée de chaque étape et la taille de l’équipe mobilisée qui changent. Chaque étape a ses propres livrables, ses interlocuteurs et ses points de vigilance.

Comment se passe une journée de tournage ?

Tout le monde commence sa journée avec la feuille de service envoyée la veille : casting, équipe, lieu, planning, liste des plans. Le 1er assistant réalisateur coordonne le plateau et donne le rythme du tournage. Le réalisateur travaille avec les comédiens et le chef opérateur sur le jeu et l’image. L’équipe caméra et les électriciens gèrent l’image et la lumière. Le département artistique gère le décor, les accessoires et la continuité. L’équipe son enregistre les dialogues. Le département costume et la HMC interviennent entre les prises. Le directeur de production gère la logistique. Les créatifs de l’agence et le client (la marque) suivent au combo. Côté droit du travail, la convention suisse plafonne une journée de tournage standard à 9 heures de travail effectif plus pauses, avec heures supplémentaires à 125 % pour les heures 10 et 11, 150 % pour les heures 12 et 13, et 200 % ou plus au-delà.

Que fait une entreprise de production que l’agence ne fait pas ?

L’agence porte la stratégie, le concept, le script et le storyboard. L’entreprise de production fabrique physiquement le film : elle engage le réalisateur, mène le casting et les repérages, contractualise l’équipe, gère le tournage, supervise la postproduction, déclare la musique et les droits, livre le master. Deux entreprises distinctes, deux contrats distincts. Les confondre reste l’erreur la plus fréquente au stade du brief, côté client.

En quoi un film institutionnel diffère-t-il d’un film publicitaire ?

Le film institutionnel délivre une information à une audience connue, sur des canaux propres. Les équipes restent restreintes (2 à 5 personnes), les tournages tiennent en un ou deux jours, les budgets en Suisse vont de CHF 5’000.− à CHF 25’000.−. Le film publicitaire, lui, se construit autour d’une narration adressée à une audience payante, avec un réalisateur, un chef opérateur, un département artistique, du casting, et une équipe de 10 à 30 personnes ou plus, pour des budgets de CHF 40’000.− à CHF 500’000.− et au-delà. Mêmes dix étapes, ampleur différente à chaque étape. Pour un comparatif détaillé, voir notre guide sur film publicitaire vs film institutionnel vs branded content.

Pour aller plus loin

Cet article s’inscrit dans une série sur la production de film publicitaire en Suisse. Pour le détail ligne par ligne de ce que coûte une publicité suisse, avec les chiffres d’un tournage à CHF 90’000.−, voir combien coûte un film publicitaire en Suisse. Pour une grille d’évaluation des entreprises de production avant de signer, voir comment choisir une société de production en Suisse. Pour la question du format, en amont du processus de production, voir film publicitaire vs film institutionnel vs branded content.

Vous commandez votre premier film publicitaire et vous voulez passer en revue les dix étapes appliquées à votre brief, réservez un appelDiscutez de votre projet avec Samuel ou écrivez-moi à samuel@focusline.ch. Je reviens vers vous dans la journée.

Focusline Production est une société de production de films publicitaires narratifs basée en Valais. On produit des narrative commercials et du contenu de marque pour les marques qui veulent que leur publicité retienne l’attention. À voir : nos derniers projets ou nos services de production.

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